Aubervilliers

Chaos urbain aux portes du monde réglé et ordonné du Musée, Aubervilliers est une zone à l’image et à l’identité multiples. La meilleure façon de la définir est sans doute par la rupture avec le monde qui l’entoure. Si les wageslaves évoquent avec un mépris mêlé d’une peur atavique la violence et la pauvreté de la zone, les habitants de la “communauté de communautés” – pour reprendre l’expression popularisée par la communication officielle de la mairie dans les années 2050 – sont fiers de leurs valeurs de solidarité, de multiplicité culturelle et de résistance au formatage corporatiste. Pour cette population anormalement politisée, la ville est et doit rester une poche de résistance.

L’Aubervilliers actuelle s’est forgée au brasier de violents conflits sociaux opposant les différentes communautés issues de l’immigration, notamment chinoises et maghrébines. Alors qu’elles auraient pu détruire la ville, elles ont créé les conditions d’une prise de conscience de nombreux acteurs locaux autour d’un constat simple : la violence faisait fuir les investissements corporatistes et enfermait Aubervilliers dans une spirale descendante au fur et à mesure que les subventions publiques décroissaient. Les perspectives étaient sombres. Soit la ville serait abandonnée à son sort et deviendrait une zone de non-droit comme certaine ville voisine, soit une corporation ou une autre déciderait de s’y implanter à grands renforts de compagnies de sécurité pour y faire régner sa loi. Sous l’influence de politiques plus courageux ou plus ambitieux que les autres, un mouvement qui rassemblait associations militantes, gangs, milices d’habitants, leaders communautaires et intérêts économiques locaux se mit en place. Les premiers slogans choisis, frontalement anti-corporatistes, pouvaient se résumer ainsi : “La sécurité, ça n’est pas qu’une affaire de riches.”

Au lieu de continuer à chercher des financements corporatistes aussi frileux que dangereux, l’activité fut réorientée de façon concertée vers un fonctionnement “en dehors du système” : principalement la récupération et la transformation de produits de grande consommation du Musée et des autres villes des alentours pour produire et recommercialiser des marchandises en tous genres, à des prix nettement plus abordables pour les populations peu fortunées. Les différents quartiers et secteurs d’activité furent tacitement répartis entre une myriade de structures communautaires qui fusionnaient les milieux associatifs, criminels, politiques et commerçants. L’ensemble est encore aujourd’hui coordonné et arbitré par la mairie, qui se targue d’être l’une des seules à avoir encore une réelle importance politique dans la conurb.

Aubervilliers.jpgAujourd’hui, la première image qu’évoque Aubervilliers est celle de gigantesques marchés composés d’innombrables blocs identiques, organisés en îlots où les membres des communautés locales proposent à des prix défiant toutes concurrences des produits de seconde main, des imitations ou tout simplement des produits dans leur seconde ou troisième vie, “produits” d’une façon ou d’une autre dans des ateliers tout aussi innombrables installés dans les caves ou les tours des quartiers avoisinants. L’ambiance y passe allègrement des souks du moyen-orient au marchés couverts asiatiques. Les produits électroniques dont fait commerce la communauté chinoise originaire de la région de Whenzou sont parmi les plus connus, mais on trouve de tout à Aubervilliers, depuis les véhicules jusqu’aux vêtements (certaines tendances ouvertement ethnique de la mode alternative naissent régulièrement dans les ateliers de création communautaire de la ville, et des créateurs renommées sont d’ailleurs venus s’y installer au fil du temps pour “rester en contact avec la rue”).

Evidemment, la volonté farouche d’exister contre les corpos a un prix élevé. L’activité économique reste anarchique, fluctuante et souvent trop limitée pour faire vivre correctement la population trop nombreuse, d’où une pauvreté endémique qui peine à se résorber et n’est que partiellement masquée par la logique de solidarité communautaire. Cette solidarité, d’ailleurs, repose sur un système de réseaux et de protection qui ne peut être considéré que comme mafieux. Les différents groupes d’influence qui se partagent les quartiers de la ville se présentent officiellement comme des policlubs, mais ils sont bien différents de la définition qu’en a le grand public dans le reste du monde. A mi-chemin entre milices privées, gangs et affaires familiales, ces groupes ont des liens importants avec les réseaux du crime organisé, au premier rang desquels les Triades.

Cela ne signifie pas pour autant que les policlubs plus traditionnels n’existent pas à Aubervilliers, ne serait-ce que par l’influence intacte des acteurs politiques. Si la communication et l’identité de la ville insistent beaucoup sur la reconnaissances des différentes communautés ethniques, il faut ironiquement noter que les mouvements hostiles aux métahumains connaissent une certaine prospérité dans certains quartiers. En effet, les communautés elfes, naines, orques ou trolls sont perçues par une frange traditionaliste de la population comme “artificielles” et “inférieures” aux communautés existantes et riches d’un héritage historique lointain. Si ce point de vue est loin d’être majoritaire, il est suffisamment enraciné pour que les représentants de métatypes non humains soit sensiblement moins nombreux que dans le reste de l’Agglo (la raison la plus fréquente de leur présence étant des ennuis avec les mégacorpos, clairement pas les bienvenues à Aubervilliers). Les mages, eux, ne souffrent pas de préjugés particuliers, ou du moins pas plus que dans le reste de la France.

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